EXPLORER L'HISTOIRE

La guerre des Camisards

Les prémices (1656 - 1679)
Louis XIV, préoccupé par la politique extérieure, est malgré tout conscient de la nécessité de retrouver une unité religieuse nationale. En effet, la Religion Prétendue Réformée (RPR) est pour lui un mal apparu suite au comportement du clergé au siècle précédant, un schisme qui doit être amenée à disparaître après la Réforme Catholique. C'est en ce sens qu'il déclare, le 18 juillet 1656, la guerre à l'hérésie et prévoit l'envoi en province de commissaires pour une application rigoureuse de l'édit de Nantes.

Mais cette politique d'unité religieuse ne commence à être appliquée qu'au printemps 1661. A la demande du clergé catholique, les commissaires peuvent être envoyés pour contrôler que les lieux de culte de la RPR exercent suivant les clauses de l'édit de Nantes, dont le contenu à été confirmé à nouveau en 1656. Ces commissaires se déplacent par deux, généralement l'intendant catholique du lieu et un magistrat protestant, accompagnés d'un membre du clergé catholique, toujours hostile aux églises réformées. En cas de litige entre les deux commissaires, le Conseil du roi tranche le plus souvent en faveur du commissaire catholique. Des centaines de lieux de culte protestants sont ainsi fermés en France entre 1661 et 1669.

L'année 1669 marque cependant un léger assouplissement dans la politique de Louis XIV. Deux phénomènes en sont la cause : la préparation de la guerre contre les Provinces-Unies, entre 1672 et 1678, et également l'affaire de l'extension du droit de la régale, pierre d'achoppement entre le roi et le pape, qui débute en 1673.

De ce fait, bien que la discrimination au quotidien demeure, les nouvelles mesures d'entrave à la RPR sont proclamées à un rythme ralentit et concernent davantage les signes extérieurs d'appartenance à la religion. En 1676, la Caisse des conversions est créée. Le but est de récompenser financièrement les Nouveaux Convertis (ceux qui abjurent et reviennent au catholicisme), mais cette idée est un échec et le nombre de conversions "achetées" reste minime.

Bien que le calme semble revenir au sein des plus hautes sphères de l'Etat, le ton continue à monter entre les parties dans les provinces. Le clergé catholique essaye de  faire fermer les derniers temples protestants, les ministres et les anciens de la RPR sont molestés, les cultes sont troublés par l'invasion de plusieurs milliers de catholiques dans les temples protestants. Aussitôt la paix faite avec les Provinces-Unies, « l'étouffement à petites goulées » reprend et de nouvelles mesures sont prises à l'encontre de la religion, toujours dans une volonté apparente de respect de l'édit de Nantes « à la rigueur », c'est à dire dans sa plus stricte interprétation.


Les missions bottées (1679 - 1685)
Face aux signes qui les informent que le gouvernement à décidé leur perte, les protestants réagissent avec les moyens à leur disposition face aux mesures prises à leur encontre : les décisions royales, quand elles ne sont pas ignorées, sont contestées et des députés sont envoyés à la cour du roi pour y présenter les plaintes de ses sujets. Les enfants sont envoyés à l'étranger pour y suivre leurs études. Une contre-caisse permet de venir en aide aux protestants persécutés.

Dès 1678, se dessinent les premiers traits d'une révolte populaire. Certains ministres et pasteurs réformés tentent d'organiser la résistance et obtiendront un certain écho dans les Cévennes, le Vivarais et le Dauphiné où des groupes d'opposition se constituent. Mais cette révolte reste encore pacifique : on revendique le droit à s'assembler, prier et chanter, on assure au roi le dévouement de ses sujets appartenant à la RPR.

En 1681, Louvois, alors secrétaire d'état à la guerre, suite à une demande de l'intendant du Poitou, Marillac, fait loger les dragons chez les habitants de cette région. Cela n'a rien d'exceptionnel pour l'époque, l'armée comptant plus d'effectifs que ne peuvent en contenir les casernes. Mais Marillac, afin d'obtenir plus rapidement la conversion des protestants, exempt les catholiques et Nouveaux Convertis de cette obligation de logement, si bien que seuls les réformés doivent pourvoir à ce besoin. Tous les excès sont encouragés, bien que la mise à mort soit défendue.  De mai à novembre de la même année, ces « missions bottées » sillonnent la région, pillant et détruisant les biens des protestants. Les résultats ne se font pas attendre : 30000 abjurations sont obtenues par ce moyen. Mais ces pratiques suscitent l'émoi, en Europe comme à la cour. Colbert alerte le roi sur la perte économique que représente la fuite des protestants : dans certaines régions, c'est jusqu'à un habitant sur dix qui quitte le territoire pour trouver refuge à Berlin, en Hollande ou à Genève, autant de refuges qui deviennent des foyers d'hostilité à la France. Louvois est contraint de rappeler les dragons en février 1682.

Mais la ligne de conduite royale demeure inchangée. Régulièrement, de nouvelles déclarations viennent restreindre la liberté de culte de la RPR. La même année 1682, par la déclaration du 30 août, les protestants ont l'interdiction de s'assembler, si ce n'est dans les temples et en présence d'un pasteur. Cette déclaration est par la suite renforcée, en mai 1683 un déclaration oblige à réserver un lieu pour les catholiques dans les temples réformés, en août 1684 on interdit aux pasteurs de demeurer 3 ans dans un même lieu, en décembre 1684  l'exercice de la RPR est interdit dans les lieux où il y a moins de dix familles protestantes. Chacune de ces déclarations est accompagnée de « pressions » exercées sur les protestants : de nombreux pasteurs, qui refusent d'abjurer, sont envoyés aux galères ou condamnés à la pendaison.

Le roi n'a de toutes façons pas d'autre choix. Son adversaire, l'Empereur Léopold 1er de Habsbourg, vainqueur des Turcs à Vienne, passe pour le héros de la chrétienté alors que la France a refusé participer au conflit. De son côté, Louis XIV est en lutte avec la papauté, qui refuse d'investir les évêques de France, pourtant relais du pouvoir central. Pour conforter sa position parmi les princes catholiques, le roi tente de réussir là où Charles Quint a échoué : obtenir l'unité religieuse.  A cette époque, les chiffres parlent d'eux-mêmes : on rapporte à Louis XIV jamais moins de 250 à 400 Nouveaux Convertis par jour. A ce rythme, le roi est en droit de croire que tout son royaume est désormais catholique ou en passe de le devenir. Il faut donc accélérer les choses et, à partir de 1685, plusieurs textes législatifs sont pris contre les pasteurs, les temples et les fugitifs.

Après la crise connue avec l'Espagne et la trêve de Ratisbonne, au début de 1685, l'armée est une nouvelle fois utilisée pour « extirper l'hérésie » et lui porter le coup de grâce. L'expédition de mai 1685 dans le Béarn est la première connue sous le nom de dragonnade, bien que l'infanterie y participa largement. A la seule vue des troupes, les conversions se font alors par milliers. Devant les longues listes d'abjuration, Louis XIV se laisse convaincre que l'édit de Nantes n'est plus d'aucune utilité et le révoque, par l'édit de Fontainebleau, le 18 octobre 1685.


Révocation de l'édit de Nantes et prédicants (1685 - 1702)
Si l'édit de Fontainebleau ordonne la destruction de tous les temples, condamne l'exercice du culte réformé, l'enseignement des enfants dans la RPR et interdit aux protestants non-convertis (ceux qui ne veulent pas abjurer) de quitter le royaume, son article 12 prévoit une clause ambiguë. En effet, celui-ci donne droit de cité aux protestants, tant qu'ils ne s'assemblent pas et ne célèbrent pas de culte réformé. Cette clause, sans doute ajoutée après discussion avec le Dauphin et Vauban, qui s'inquiètent du départ des protestants, peut également être vue comme un moyen de calmer les réactions des Etats protestants face à la révocation.

La mesure n'est cependant pas suivie d'effets. Dès l'édit de Nantes révoqué, les dragonnades redoublent de violence et se généralisent, jusqu'à atteindre la vallée du Piémont. Seul Paris, bien trop proche de Versailles, et l'Alsace, protégée par les traités de Westphalie, échappent aux missionnaires bottés. Même pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688 – 1697), aucun répit n'est laissé aux protestants. Cependant, l'alliance de pays protestants inquiète Louis XIV. Craignant une révolte, il ordonne aux réformés de déposer les armes le 16 octobre 1688.

En effet, dans ce contexte, et en l'absence de pasteurs pour tempérer leurs initiatives, les premiers prédicants et prophètes font leur apparition. Ils exhortent les protestants à se rassembler, à expulser les traitres de leurs rangs et à former des plans de bataille. Électrisés contre le pouvoir royal, ces meneurs incitent leurs ouailles à se battre, armés de fourches, de faux et de bâtons, contre les troupes du roi. Les églises se vident au profit d'assemblées clandestines (dites du Désert) où certains prêchent ouvertement la révolte et l'élimination des persécuteurs.

La réaction du pouvoir royal entraîne de nombreux agitateurs, surtout dans les Cévennes et en Languedoc, aux galères ou en déportation dans les colonies américaines. Les assemblées du Désert sont traquées, mais les réformés ne se laissent pas arrêter sans combattre. A la fin de l'été 1689, à la faveur de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, une réunion armée clandestine se tient à La Can de l'Hospitalet (Lozère) en vue d'un soulèvement pendant que les puissances protestantes tentent d'envahir la France. Mais ce soulèvement improvisé est un échec et la répression est sanglante.

En 1697, les réformés français sont les grands oubliés de la paix de Ryswyk entre la France et les Etats protestants. Par la déclaration du 13 décembre 1698, Louis XIV reconnaît que l'édit de Fontainebleau est un échec et que le culte réformé est en encore présent en France. De nouvelles mesures sont prises à l'encontre des protestants, comme l'enfermement des parents qui n'envoient pas leurs enfants à l'instruction religieuse ou qui n'y assistent pas eux-même, ou encore l'obligation de mariage catholique : tout enfant né d'un mariage illégal étant alors déclaré illégitime (ce qui implique, par l'édit de février 1556 alors toujours en vigueur, qu'il ne peut hériter de ses parents).


La guerre des camisards (1702 - 1715)
Là où la première génération de prédicants à échouée, une seconde se fait mieux organisée, mais aussi plus violente. Au printemps 1702, profitant que les troupes sont mobilisées pour la guerre de succession d'Espagne, un appel à la guerre sainte est lancé par le prophète Abraham Mazel afin de chasser du Languedoc le clergé catholique et délivrer les victimes des persécutions. Le meurtre de l'abbé du Chayla, issu d'une famille noble du Gévaudan et inspecteur de la police religieuse de l'intendant, le lundi 24 juillet 1702 marque le début de la guerre des camisards. Par petits groupes armés, regroupant une centaine d'hommes en armes, les insurgés parcourent les Cévennes et affrontent les troupes royales. Ils sont menés à la fois par leurs prédicants, pasteurs pour la plupart improvisés, mais également par d'anciens soldats, comme Jean Cavalier et Gédéon Laporte.

Ces « camisards » (qui, selon Diderot, peuvent être nommés ainsi soit parce qu'ils se battent en chemise, soit parce qu'ils donnent la camisade, l'attaque nocturne) adoptent une tactique nouvelle : la guérilla. Profitant à la fois de leur connaissance du terrain, de la géographie de la région et du soutient de la population, ils harcèlent par petits groupes les troupes royales et organisent divers coups de main. Si les premiers combats sont indécis et visent surtout à obtenir des armes à feu, les troupes royales sont rapidement débordées et ne savent comme réagir efficacement. La garnison d'Alès, 60 cavaliers et environ 300 fantassins, est battue le 24 décembre 1702 par une centaine de Camisards surpris alors qu'ils célèbrent Noël. Un mois plus tard, le comte de Broglie, commandant des troupes du Languedoc, est vaincu près de Nîmes. Il est remplacé par le maréchal de Montrevel le 14 février 1703.


Le Brûlement des Cévennes
C'est à partir de cette date qu'en réponse aux attaques des Camisards, des milices bourgeoises catholiques, comme les Florentins et les cadets de la croix, vont être formées afin de se battre aux côtés des troupes royales en utilisant les mêmes techniques que les insurgés. Montrevel applique une politique de  « brûlement des Cévennes » :  alors que des villages entiers s'affrontent, d'autres sont évacués de force avant d'être incendiés. Jusqu'en mars 1704,  474 mas et hameaux sont  incendiés.

 

Mais le conflit est dans l'impasse, pis encore, il s'étend : le Rouergue se soulève en septembre 1703, suivi du Vivarais en février 1704. Un mois plus tard, le 14 mars, à Martignargues (Gard), six cents fantassins et cinquante cavaliers des régiments de la marine sont pris dans une embuscade tendue par Cavalier et ses hommes. Les troupes royales sont mises en déroute. Il faudra attendre le 16 avril 1704, pour que Montrevel puisse enfin porter un coup sérieux aux Camisards, à Nages (Tarn). Mais le remplacement de Montrevel par le Maréchal de Villars est déjà programmé.

Villars profite de la victoire de Montrevel pour négocier avec Jean Cavalier, qu'il traite comme le chef de guerre des Camisards. La paix est obtenue et Cavalier est autorisé à quitter le territoire. Mais il est désavoué par ses troupes, qui continuent le combat jusqu'à la fin mai 1704.

Des dissensions apparaissent alors au sein du mouvement Camisard au sujet de l'arrêt des hostilités et la plupart des chefs camisards ne déposent finalement les armes qu'à partir d'octobre 1704. Certains s'exilent et le mouvement de révolte ne connaîtra plus que quelques soubresauts rapidement étouffés. En 1710, Mazel tente de profiter du débarquement tant attendu des anglais à Sète pour soulever le Vivarais, mais c'est un échec. Tour à tour, les meneurs camisards restants sont exécutés ou exilés.

Le 21 août 1715, les derniers prédicants, dont Antoine Court et Jacques Roger, se réunissent clandestinement au hameau des Montèzes (Gard). Ce synode décide de l'avenir des églises réformées de France, qui prennent alors le nom d'églises du Désert. Les prophètes sont déclarés hérétiques et les prédicants laïcs sont remplacés par des anciens, encadrés par des pasteurs formés à Lausanne, qui auront pour charge de convoquer secrètement les assemblées et de faire des collectes pour les pauvres pendant toute la période où l'exercice de la religion protestante sera interdit en France.

Régiments engagés dans la guerre des Cévennes
Suite à mes différentes lectures et après discussion avec d'autres passionnés, voici la liste que j'ai pu établir des régiments ayant été engagés dans la guerre des Cévennes :

Dragons
Régiment de dragons Languedoc Second
Régiment de Dragons de Firmacon
Régiment de Dragons de Saint-Cernin (Rouergue ?)

Infanterie de ligne
régiment de Suisse de Courten (3 bataillons)
régiment de Royal Comtois (2 bataillons)
régiment de Rouergue (2 bataillons)
régiment de Hainaut (2 bataillons)
régiment de Charolais (2 bataillons)
régiment de Gatinais (La Fare, d'abord 1 bataillon, puis 2)
régiment de Bourbon (1 bataillon)
régiment de Beaujolais (1 bataillon)
régiment de Bourgogne (Marcilly, d'abord un détachement, puis 1 bataillon)
régiment de Soissonnais (1 bataillon)
régiment de Blaisois (1 bataillon)
régiment de Dauphiné (1 bataillon)
régiment de Tournon (1 bataillon)
régiment de Labour-Infanterie (1 bataillon, maréchal de camp Claude Alexandre de Bonneval)
régiment de Lannoy (1 bataillon)
régiment de Menon (1 bataillon)
régiment de Bugey (1 bataillon, maréchal de camp Jacques du Gua)
régiment de Froulay (1 bataillon)
régiment de Tarnaud (nom à confirmer, 1 bataillon)

Infanterie hors ligne
régiment de Miquelets (3 bataillons)
Milice (32 compagnies à minima)

Infanterie de Marine
Compagnies Franches : 4 bataillons de Marine, 2 de galères

Cette liste n'est pas exhaustive et je modifierai cet article au fil de mes autres recherches.

Certains de ces régiments se sont retrouvés affectés temporairement à l'armée des Hautes Cévennes avant de rejoindre l'armée d'Italie (cantonnée en Savoie). Mais on peut en conclure qu'entre 1702 et 1704, c'est près de 20000 hommes qui passent dans les Cévennes pour affronter les Camisards.

Régiments présents en 1703Les forces suivantes sont signalées par Antoine Court comme ayant participé au brûlement des Cévennes, on peut donc penser qu'il s'agit du "noyau dur" de l'armée des Hautes Cévennes à cette époque, puisque sous le commandement direct de Montrevel et de ses maréchaux de camp :

Régiment de Royal Comtois (2 bataillons)
Régiment de Soissonnais (1 bataillon)
Régiment de dragons Languedoc Second
Régiment de Dragons de Firmacon
Régiment de Hainaut (2 bataillons)
Régiment de Rouergue (2 bataillons)

Soit environ 6000 hommes, auxquels s'adjoint 45 compagnies de milice du Gévaudan (environ 2000 hommes) pour cette opération particulière.

Il est à noter également la présence d'au moins une compagnie de mercenaires Irlandais (bataille de Lussan, octobre 1703).

 

 

Sources :

 

  • La Guerre des Cévennes (6 volumes), Henri Bosc, ed. Les Presses du Languedoc
  • L'Edit de Nantes et sa révocation, Janine Garrisson, ed. du Seuil, Point Histoire
  • Les Camisards, Philippe Joutard, ed. Folio Histoire
  • Comprendre La Révolte Des Camisards, Marianne Carbonnier-Burkard, ed. Ouest France
  • Les protestants dans la France moderne, Didier Boisson et Hugues Daussy, ed. Belin
  • Dictionnaire historique et biographique des généraux français, Jean Baptiste Pierre Jullien
  • Histoire des troubles des Cevennes, ou De la guerre des Camisards, Antoine Court



 





29/03/2011
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