EXPLORER L'HISTOIRE

De la guerre froide à la guerre asymétrique

La fin de la guerre froide dans les années 1990 crée une situation sans précédent : il n'y a plus d'ennemi héréditaire, d'adversaire pré-désigné, plus de perspective d'un conflit probable, d'une grande bataille qu'il faudra livrer. C'est aussi vrai pour l'Europe, avec ses alliances et les Empires qui se succèdent et se partagent le continent depuis l'Antiquité, qu'aux Etats-Unis, depuis la guerre d'indépendance jusqu'à la lutte contre le communisme, en passant par la conquête de l'Ouest au détriment des peuples amérindiens.

Selon les experts géopolitiques, cette situation risque de se maintenir encore une vingtaine d'années, le temps pour la Chine de s'imposer comme nouvelle superpuissance. Ce « nouvel ordre mondial », instauré par la disparition du bloc communiste, n'a cependant pas été sans faire resurgir des conflits locaux ou régionaux dans les pays satellites, jusqu'alors maîtrisés par la puissance des organisations politico-militaires soutenues autant par le pacte de Varsovie que par l'OTAN. C'est ainsi que se sont ouvertes les guerres dans les Balkans, en Afrique subsaharienne (Rwanda, Somalie entre autres), au Cambodge, en Georgie...

Des années de propagande des deux régimes protagonistes ne sont pas sans avoir laissé de traces dans ces pays satellites : parmi les idées qui circulent actuellement de par le monde, l'Occident serai le pillard des richesses du Tiers-Monde, les ONG occidentales œuvreraient contre la faim dans le monde ou le réchauffement climatique et à l'amélioration des conditions de vie de chacun, mais cette idée ne serait-elle pas elle-même héritée du colonialisme : les occidentaux venus civiliser le Tiers-Monde ?. Bref, si le monopole de l'Occident est un fait reconnu, il est mal accepté. Désormais, le nouvel ennemi est d'ordre idéologique, tour à tour pour un motif politique, ethnique, religieux ou pseudo-économique.

Pour désamorcer ces situations de conflit, l'Occident a désormais recours aux concepts de guerre limitée ou de conflit de faible intensité, voire aux opérations autres que la guerre : opérations de pacification, de maintien de l'ordre, actions humanitaires sous l'égide de l'ONU… Ceci a nécessité une adaptation des forces militaires, une « professionnalisation » pour reprendre le terme qui a été utilisé en France. Face à ces armées hautement entraînées et pourvues en matériel de haute technologie, un rapport de force du faible au fort s'est instauré. Hier connu comme « petite guerre » ou « guérilla », il est désormais nommé « guerre asymétrique ».

Au sens traditionnel du terme, la guerre est un conflit où deux belligérants s'opposent avec une force similaire, du moins en utilisant des moyens de combat identiques, afin d'atteindre un objectif donné, ce qui permet d'établir une ligne de front, repère géographique sur la puissance et le mouvement des armées, ponctuée de champs de batailles. Pour Clausewitz, la guerre est le prolongement de la politique des Etats. Elle est parfois régie par des conventions respectées par les deux parties.

Mais désormais, des factions autogérées et autofinancées sont capable de prendre les armes au nom d'un idéal : une ethnie, une foi, une revendication politico-économique à défendre. Ces factions agissent en dehors des Etats dont elles sont issues et peuvent même faire éclater l'unité politique de ceux-ci, comme en Yougoslavie par exemple.

Dans un conflit asymétrique, la disproportion se situe autant dans le volume des forces en place que des moyens déployés. Les factions qui entrent dans le conflit refusent la guerre ouverte, dans laquelle elles seraient rapidement écrasées, le champ de bataille n'existe plus. Au lieu de cela, elles luttent sur le plan de l'information, tentent de gagner la sympathie, et donc le soutien, de la population. Le combat n'est recherché que pour mettre en évidence la faiblesse de l'adversaire tout-puissant : c'est une tactique de harcèlement et de terrorisme. Le temps joue dès lors en faveur du plus faible : plus l'adversaire s'enlise dans le conflit, plus il fait la démonstration qu'il peut être vaincu.

C'est le complexe de Mogadiscio : le tout-puissant ne peut user de sa force contre un adversaire plus faible, au risque de passer pour un tortionnaire. L'analyste israélien Van Creveld présente ce syndrome dont est victime l'armée israélienne pendant la guerre des pierres (première Intifada) : l'usage des armes n'est admissible que dans certaines conditions et contre des cibles bien précises. Impossible de riposter avec des armes contre des pierres. Les troupes d'Israël sont démoralisées, les combattants de l'Intifada sont vainqueurs.

Les factions ne dépendant pas d'un Etat, les frontières sont de ce fait poreuses, voire sans objet. Leurs combattants n'ont aucun accord à respecter, ne faisant partie d'aucune entité ayant négocié ceux-ci. La guerre elle-même ne peut pas se conclure clairement, avec un vainqueur et un vaincu. Les adversaires ne comptent plus que sur l'usure et l'épuisement de l'autre plutôt que sur leur propre victoire, on gagne parce qu'on refuse de perdre.

Source : stratisc.org


01/04/2011
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