EXPLORER L'HISTOIRE

Colonisation des Amériques par la France - 1541-1635

Les prémices de l’installation française en Amérique (1541 – 1565)
Déjà depuis quelques dizaines d’années, l’expérience des marins basques, bretons et normands, comme Jean Cousin ou Thomas Aubert, permettent d'envisager l’envoi d’expéditions vers l’ouest. Ne souhaitant pas être mise à l’écart des richesses du nouveau monde, dès le début du XVIème siècle, la France se lance à son tour dans des missions d’exploration, puis de colonisation des "Indes occidentales".
 
La route du Saguenay
Succédant à Giovanni da Verrazano, qui entre 1524 et 1528 tente de trouver à l’ouest un passage pour les Indes pour le compte de la France, Jacques Cartier entreprend son premier voyage d’exploration en 1534. Atteignant les côtes de Terre-Neuve au printemps, il reconnaît les lieux, en prend possession pour la France et entre en contact avec les indigènes Algonquins et Iroquois à l’été. Lors de sa seconde expédition, l’année suivante, une partie de ses hommes construisent un fortin sur les bords du Saint-Laurent pour l’hivernage, mais il faut attendre 1541 pour que François Ier se laisse convaincre de tenter l’installation d’une colonie durable. Le roi cherche surtout un moyen de gagner l’Asie et ses richesses par une route au nord-ouest, qu’une colonie permettrait de revendiquer et de défendre face aux Espagnols.
   
Une troisième expédition part de Saint-Malo le 23 mai 1541, avec cinq navires, environ 1500 hommes et deux années de provisions, afin de réussir cette double mission. Arrivé trois mois plus tard en vue du Saint-Laurent, Cartier remonte le fleuve jusqu’à atteindre Stadaconé (la future Québec). C’est là qu’il installe une colonie qui prend le nom de Charlebourg-Royal. Début septembre, deux navires sont renvoyés en France pour annoncer le succès de l’implantation. Cherchant le passage vers l’Asie, Cartier laisse dans la colonie une partie de ses hommes et poursuit l’exploration. C’est alors qu’il découvre des minéraux que l’on croit précieux : or et diamants.
 
De retour à Charlebourg-Royal avec un plein chargement, il constate que la conduite des colons rend les Iroquois de plus en plus méfiants. Les Français doivent passer l’hiver à l’état de siège. En avril 1542, Jean-François de la Rocque de Roberval, nommé vice-roi du Canada, part de La Rochelle avec un renfort pour la colonie française. Son expédition comporte trois navires, 200 colons et de l’artillerie. Cependant, sur place, Cartier a déjà choisi de lever le camp avant d’engager les hostilités avec les indigènes.
 
En juin 1542, alors qu’il reprend le chemin vers la France, Cartier croise les navires de Roberval à Terre-Neuve. Malgré les ordres royaux, l’explorateur retourne en métropole, espérant que les richesses qu’il rapporte justifieront une quatrième expédition, et apprend son erreur : l’or se révèle n’être que de la pyrite de fer et les diamants du quartz.
 
Roberval continue la mission et installe la colonie de France-Roy à l’emplacement de celle de Charlebourg-Royal. Mais à l’hiver, le froid, la famine et la maladie déciment les Français. Ne parvenant pas à trouver le passage nord-ouest vers l’Asie, Roberval évacue la colonie en septembre 1543 et rentre en métropole.
 
L’expédition est un échec. Si la prise de possession des terres autour du Saint-Laurent remet en cause le monopole colonial ibérique, la situation politique en France est devenue houleuse et il est difficile d’exploiter cet avantage. Avec l’arrivée dans le royaume des idées du Luthéranisme, reprises et diffusées par Calvin, la tension monte entre catholiques et protestants.
   
Le rêve de la France antarctique
A partir de 1550, l’idée se développe qu’une colonie peut être implantée dans le Nouveau Monde pour y envoyer les huguenots devenus gênants. En 1551, le dieppois Guillaume Le Testu poursuit le travail de Jacques Cartier dans la reconnaissance des côtes des "Indes occidentales" pour la France et rapporte plusieurs cartes des Antilles et du Brésil de son voyage. S’appuyant sur ce savoir, le protestant Nicolas Durand de Villegagnon, vice-amiral de Bretagne, persuade Gaspard de Coligny de disputer le partage des côtes du Brésil avec les Portugais en implantant une colonie durable sur place, une France Antarctique, où les huguenots pourraient trouver asile.
 
C’est en ce sens que le projet sera présenté au roi de France, Henri II. A la fin 1554, Villegagnon reçoit 10000 livres tournois du roi, pour « certaine entreprise que ne voullons estre cy aultrement speciffiée ne declairée », afin de mener à bien cette expédition secrète. S’appuyant sur les armateurs de Dieppe, comme Jean Ango, le vice-amiral rassemble trois navires. Mais les volontaires manquent, aussi est-il obligé de parcourir les prisons et de promettre la liberté à ceux qui s’engagent dans l’expédition.
   
La flotte appareille le 14 août 1555 du Havre, emmenant à son bord près de 600 personnes. Et, après une traversée mouvementée, ponctuée de combats aux Canaries et à Tenerife contre Portugais et Espagnols, l’expédition touche terre le 15 novembre, dans la baie de Guanabara, que les Portugais nomment Rio de Janeiro. En trois mois, avec l’aide des indigènes, des logements, un temple et des fortifications y sont construits. La colonie prend le nom de Fort Coligny. Plusieurs navires sont renvoyés en métropole, avec l’annonce du succès de l’installation et la demande de renforts, notamment de soldats professionnels afin de tenir le fort face aux Portugais, mais aussi d’ouvriers spécialisés et de femmes à marier.
   
Toutefois, installés sur une île impropre à la culture et sans source d’eau douce, les Français dépendent entièrement des indigènes Tupinambás pour leur approvisionnement. Déjà, la maladie et l’isolement poussent certains colons à repartir en métropole. L'autorité du vice-amiral est remise en cause par les colons à cause des mesures qu'il prend afin de maintenir l'ordre au sein de la colonie. Le découragement et l’indiscipline devenant un problème évident, Villegagnon fait parvenir à Coligny un courrier lui demandant également l’envoi de plusieurs pasteurs.
   
Heureusement pour le vice-amiral, le commerce avec la métropole se développe. Vers la fin 1556, une seconde colonie, Henriville, est installée sur la terre ferme, elle devient un comptoir d’échange de bois brasil avec les indigènes. A la même époque, le 19 novembre 1556, un renfort de trois navires part de Honfleur, emmenant à son bord 300 nouveaux colons, dont six jeunes filles à marier et deux pasteurs, qui arrivent sur place début mars 1557.
   
Malgré l’arrivée de ministres du culte, les rivalités entre colons catholiques et protestants s’intensifient. En octobre 1557, après une dispute au sujet des sacrements, Villegagnon se reconvertit au catholicisme et rétablit le culte romain au sein de Fort Coligny. Expulsés sur le continent, les colons protestants vivent au milieu des indigènes et observent leur culture. Ecœurés, notamment par les mœurs anthropophages des Tupinambás, et livrés à eux-même, la majorité des colons protestants regagne la France.
 
Durant l’année 1558, le vice-amiral s’efforce à éliminer les derniers huguenots de la colonie. Ceux qui ne partent pas, comme le pasteur Pierre Richer, sont exécutés. Cependant, Fort Coligny ne compte plus qu’une centaine d’habitants et aucun renfort ne vient de France. Résolu à aller plaider lui-même la cause de son établissement au Brésil, Villegagnon confie le commandement de la colonie à son neveu, Bois le Comte, et rentre en métropole.
 
Mais la situation en France a changé. Le 10 juillet 1559, Henri II meurt et les grands du royaume se déchirent au sujet de la religion. Alors que plusieurs centaines d’émigrés attendent en Flandre de pouvoir se rendre en France Antarctique, Coligny, convertit au protestantisme, somme Villegagnon d’expliquer son attitude envers les colons huguenots. Quant aux seigneurs catholiques, ils sont trop occupés à préparer la guerre pour accorder au vice-amiral le nécessaire pour sa colonie.
 
Il est de toutes façons trop tard pour Fort Coligny. A la mi-mars 1560, une escadre de 11 navires portugais et 2000 hommes arrivent dans la baie de Rio de Janeiro dans l’espoir d’en refouler les "pirates français" venus s’y installer. Retranchés dans l’enceinte du fort avec 800 guerriers Tupinambás alliés, les Français luttent pendant deux jours et deux nuits avant d’abandonner la place et de se replier sur le continent. Même si la colonie d’Henriville parvient à survivre quelques années encore, c’est la fin du rêve de la France Antarctique.    

Les expéditions en terre fleurie
Ce n’est cependant pas la fin du rêve d’un établissement français durable dans le nouveau monde. Utilisant le rapport de Verrazano, Coligny fait une nouvelle tentative afin de mener à bien le projet de Villegagnon. En 1561, il charge ainsi le protestant Jean Ribaut, capitaine de navire de Dieppe, de s’embarquer pour le nouveau monde avec 150 de ses coreligionnaires pour y fonder une nouvelle colonie. Supposée plus propice que le Brésil, la Floride est désignée comme objectif de cette colonie. Outre la réputation de "Terre Fleurie" qui lui a été donnée par les explorateurs, cet emplacement stratégique est la clé du canal des Bahamas, la route de retour pour les flottes en provenance du golfe du Mexique.
   
Arrivé près de l’actuelle Jacksonville en mai 1562, Ribaut établit un fort avec l’aide des indiens Timucua, colonie qu’il baptise Charlesfort. L’établissement se déroulant correctement, Ribaut quitte le fort en juillet afin de d’aller chercher en France des vivres et des renforts. Mais les guerres de religion éclatent alors même qu’il débarque en métropole. Contraint de s’exiler en Angleterre après le siège du Havre, il refuse d’entreprendre l’expédition projetée en Floride par la reine Elisabeth. Emprisonné, il laisse une trentaine d’hommes livrés à eux-même à Charlesfort.
 
Après quelques mois d’attente, croyant qu’ils ont été oubliés, les colons se mutinent, tuent leur capitaine avant de se construire un navire, d’abandonner le fort et de revenir en Europe dans des conditions déplorables. Tout est à recommencer. Avec la paix d’Amboise, Coligny est alors en mesure d’envoyer des renforts en Floride. Ribaut étant toujours en Angleterre, la nouvelle expédition de trois navires et 300 hommes est confiée à son lieutenant, René de Laudonnière.
 
Elle part du Havre en avril 1564 pour arriver deux mois plus tard à l’emplacement de l’ancien Charlesfort abandonné. Une nouvelle colonie, Fort Caroline, est installée à proximité. Mais la situation se dégrade rapidement et Laudonnière doit faire face à la famine, aux mutineries et aux attaques des indigènes, avec lesquels les relations se sont dégradées. Après avoir tenté par deux fois de se rebeller, une partie des colons s’embarque pour les Antilles où ils tentent sans succès de s’emparer d’établissements espagnols.
 
A l’été 1565, Ribaut est libéré de prison et parvient à revenir à la fin août en Floride, à la tête de sept navires et 600 colons. Quelques jours plus tard, une escadre espagnole de 11 navires et 500 hommes arrive en vue de Fort Caroline. Un premier affrontement se déroule sur mer le 4 septembre à l’embouchure du fleuve Saint John, mais les Espagnols rompent le combat. C’est finalement par la terre qu’ils attaquent la colonie française : cherchant à nouveau l’engagement, Ribaut a embarqué toutes ses troupes et traque la flotte adverse. Ainsi, Fort Caroline, qui ne compte plus alors que quelques dizaines de défenseurs, est rapidement pris par les Espagnols. C’est alors que, prise dans une tempête, la flotte de Ribaut fait naufrage le 12 septembre. Le massacre des survivants de ce désastre par les Espagnols met fin à l’établissement français en Floride.
 
Si la France reste active dans le commerce et la course, les guerres de religion mettent temporairement un terme à ses essais d’implantation en Amérique. Il faudra attendre le règne d’Henri IV et la défaite de l’invincible armada pour que de nouvelles tentatives de colonisation soient lancées. Malgré l’expérience passée, les Français n’auront pas toujours assimilé que c’est en s’appuyant sur l’amitié des indigènes qu’ils parviendront à affirmer durablement leur présence dans le Nouveau Monde. Si la coopération continue avec les Algonquins au Canada et les Tupis au Brésil, les Caraïbes des petites Antilles n’auront pas autant de chance.


La colonisation de l’Amérique (1598 – 1635)
Après l’échec des premières tentatives d’installation (voir l’article précédant), les guerres de religion et la rivalité de la marine ibérique contraignent la France à se contenter du commerce avec les indigènes, sans avoir l’opportunité de se relancer dans la course à la colonisation du Nouveau Monde.

Le retour au Canada
Ce commerce avec les indigènes fait l’objet de monopoles détenus par de puissants armateurs des ports français de la côte atlantique, à l’exemple des expéditions de traite des fourrures au Canada, sous mandat du gouverneur de Dieppe. C’est à une de ces expéditions que prend part en 1603 l’explorateur Samuel de Champlain lors de son premier voyage en Amérique du Nord, où il établit avec précision pour le roi Henri IV une carte de "la grande rivière de Canada", en suivant les traces de Jacques Cartier. Mais Champlain ne revient pas uniquement avec une carte, mais également avec la confirmation que les monopoles commerciaux avec le Canada sont violés, notamment par les marins basques et espagnols, qui viennent à Terre-Neuve pour y pêcher la morue et repartir avec des fourrures. L’implantation d’une colonie durable est vue comme le seul moyen de confirmer la possession de ces terres.

Une seconde expédition est donc montée au printemps 1604, menée par Pierre Dugua de Mons, nommé lieutenant général en Amérique septentrionale. Champlain est du voyage et emmène avec lui des pièces de bois déjà taillées afin de faciliter la construction d’habitations. Deux navires quittent Le Havre et arrivent à l’embouchure de la rivière Sainte-Croix, qui marque l’actuelle frontière entre les Etats-Unis et le Canada. En juin, sur une île située à proximité, ils fondent une première colonie, dotée d’un fort et de plusieurs des habitations "pré-fabriquées" emmenées par Champlain. Outre le manque d’eau douce, l’hivernage est difficile et plus de la moitié des colons meurent de froid et de scorbut. A printemps suivant, Dugua de Mons et Champlain décident de transférer la colonie.

Le site choisi se trouve près de la Baie de Fundry et la colonie transférée prend le nom de Port-Royal. Champlain profite de l’année 1606 pour explorer et cartographie le littoral de ce territoire qu’ils ont nommé Acadie, à la recherche des sites les plus faciles à défendre et les plus propices à l’établissement de colonies. Mais le conflit avec les marins basques et espagnols prend de l’ampleur et le manque à gagner pour les armateurs remet en question le monopole des fourrures. Finalement Henri IV est amené à le suspendre en 1607, coupant par-là les fonds et la raison d’être de la colonie. Dugua de Mons et Champlain rentrent alors en France pour plaider leur cause. Quelques colons demeurent sur place.

Obtenant la reconduction du monopole pour un an, Dugua de Mons confie à Champlain, devenu son lieutenant, la mission de fonder une colonie sur la grande rivière de Canada, au site qu’il trouvera le plus approprié. Une nouvelle expédition part pour le Saint-Laurent le 18 avril 1608 et arrive le 3 juillet à Tadoussac, non-loin de l’endroit où Jacques Cartier s’était établit soixante ans plus tôt. C’est là que Champlain fonde la colonie de Québec, y fait ériger trois bâtiments principaux entourés d’une palissade. Mais encore une fois, les hommes souffrent du rude hiver canadien et il ne reste plus au printemps que huit colons avec Champlain.

Après s’être assuré l’aide des indiens Montagnais et Algonquins, et déclenché les hostilités avec les Iroquois, Champlain regagne la France pour tenter de faire renouveler le monopole des fourrures. Mais les négociations échouent. Dugua de Mons et Champlain parviennent à trouver des fonds pour leur colonie en formant une société avec quelques marchands de Rouen. Il s’agit maintenant de transformer Québec en un entrepôt pour le troc des fourrures avec les indigènes. Après plusieurs aller-retours entre la France et Québec, ponctués de guerres avec les Iroquois, désormais alliés aux Anglais, Champlain perd le soutien des marchands rouannais et cherche le soutien de la couronne.

Le 8 octobre 1612, Louis XIII nomme Champlain lieutenant-général d’Acadie. Ses charges incluent la recherche d’un passage par le nord-ouest vers la Chine et les Indes, ainsi que le moyen de découvrir et d’exploiter des mines de métaux précieux. Fort du soutien royal au moment le plus opportun et grâce à la collaboration avec les Algonquins et les Hurons, il parvient à apporter à Québec quelques milliers de colons qui permettent d’assurer la survie et le développement de la Nouvelle-France pour plusieurs décennies.

Nouvel échec au Brésil
Pendant l’établissement des français en Amérique du Nord, les dieppois  Jacques Riffault et Charles des Vaux vont offrir une nouvelle chance à la France au Brésil. Arrivé au large de l’actuel Etat du Maranhão en 1594, ils y font un court séjour et fraternisent avec les peuples Tupi de la région. Mais la discorde naît au sein de l’équipage, Jacques Riffault se voit contraint de rentrer en métropole, tandis que Charles des Vaux reste sur place avec quelques soldats qui, grâce à l’aide des indigènes, vont établir un comptoir commercial pour le bois brasil et pour l’ambre.

En 1602, revenant en France après huit ans de vie parmi les indigènes, Charles des Vaux est reçu à la cour d’Henri IV et parvient à convaincre le nouveau roi qu’il est possible de coloniser cette région, avec l’appui des Tupi. Il ne s’agit plus alors de trouver un refuge pour les huguenots, maintenant protégés par l’édit de Nantes, mais bien de développer une activité lucrative sur le long terme. Henri IV confiera cette mission au corsaire protestant Daniel de la Touche de la Ravardière, qui est nommé lieutenant-général des Amazones à la Trinité.

Une expédition part de Saint-Malo le 12 janvier 1604. Le but est premièrement de se rendre compte de la situation sur place et d’apporter du renfort au comptoir installé par les dieppois. En avril, La Ravardière explore l’île de Maragnon, à l’embouchure de l’Amazone, ainsi que la ville et la rivière de Cayenne, puis rentre en France enthousiasmé par les possibilités sur place : avec l’aide des indigènes, il est possible d’y exploiter également de l’or, de l’argent, du souffre, du coton et du tabac. Mais les tensions avec l’Espagne et la reprise de la guerre entravent à nouveau le projet de développement de cette France équinoxiale. Avec l’assassinat d’Henri IV en 1610, La Ravardière cherche le soutient du comte de Danville, amiral de France, pour convaincre la régente Marie de Médicis de lancer une expédition.

Celle-ci part de Cancale le 19 mars 1612 et regroupe 500 colons, répartis sur 3 navires. Arrivé en septembre à l’île de Maragnon, La Ravardière fonde la colonie de Saint Louis du Maragnon. Un fort, puis des maisons et des églises y sont rapidement installés avec l’aide des indigènes et des renforts sont demandés. Ceux-ci arrivent peu de temps plus tard, en 1613 : 300 nouveaux colons de tous les corps de métiers, ainsi que 10 moines capucins qui fondent sur place un couvent. C’est alors que les Portugais prennent conscience de l’importance du comptoir français, jusqu’alors sous-estimé.

Une première bataille oppose 300 français et 2000 de leurs alliés Tupi aux Portugais à proximité de Guaxenduba, à l’embouchure du fleuve Munim, le 19 novembre 1614. Grâce au fort qu’ils ont bâtit sur place, les Portugais remportent une victoire écrasante et les Français sont contraint de se retrancher dans Saint Louis et une trêve est signée le 27 novembre entre les deux colonies afin de soumettre le litige à leurs gouvernements respectifs. Mais déjà un renfort portugais fait route vers Saint Louis et, arrivant sur place en novembre, somme les Français de quitter l’île de Maragnon dans un délai de 5 mois.

Mais en France, le mariage de Louis XIII avec l’infante d’Espagne entraîne le mécontentement de l’aristocratie. La prise des armes par les princes de sang contre la régente éloigne la couronne de ses préoccupations coloniales et aucun renfort ne parvient à Saint Louis de Maragnon assiégée. Le 30 septembre 1615, La Ravardière et les 200 colons qui sont restés sur place négocient la reddition du fort et le remettent sans combattre sous le contrôle des Portugais.

Le développement de la course
C’est sous l’impulsion du cardinal de Richelieu que la France va chercher à se doter d’une réelle politique coloniale. A partir de 1625, défiant les prétentions espagnoles, les corsaires français s’installent en accord avec les Anglais à Saint-Christophe (ou Saint-Kitts), au large des îles Cayman. Cette installation est confirmée le 31 octobre 1626 par le cardinal de Richelieu et, après l’extermination des indigènes de l’île, les colons se transforment en planteurs de tabac et fondent la compagnie de Saint-Christophe, dont le principal actionnaire est le cardinal lui-même. Mais les Français sont chassés de l’île par les Espagnols en 1629.

Comprenant l’importance d’organiser au plus haut niveau la colonisation du Nouveau Monde, Richelieu remplace, le 12 février 1635, la compagnie de Saint-Christophe par la Compagnie des Isles d’Amérique, regroupant tous les marchands et corsaires des Antilles. En échange du monopole du commerce avec la métropole, cette société est chargée par Louis XIII de valoriser la région pour le royaume de France. Les corsaires Charles Liénard de l’Olive et  Jean Duplessis d’Ossonville sont chargés de coloniser les îles de la Guadeloupe, la Dominique et de la Martinique.

Mais l’installation se fait au dépend des indigènes. En 1635, les indiens Caraïbes attaquent la colonie de la Martinique et le 26 janvier 1636, l’Olive leur déclare la guerre. Après trois années de guerres, de massacres et d’épidémies, les Caraïbes sont exterminés. Les quelques survivants acceptent de rejoindre la Dominique. Au moment de son engagement dans la guerre de Trente Ans, la France a désormais des colonies solidement implantées et défendues par des marins aguerris au combat dans les Antilles.

La guerre contre l’Espagne va donc pouvoir se porter également dans le Nouveau Monde. L’épisode le plus représentatif à ce sujet est l’installation des Français sur l’île de la Tortue à partir de 1640. Prenant le contrôle de l’île pour Louis XIII, François Levasseur, ingénieur militaire de formation, implante plusieurs forts qui résisteront aux assauts espagnols et anglais et servent de port d’attache à de nombreux corsaires. C’est l’âge d’or de la flibuste dans les Antilles.

Du Brésil à la Guyane
S’appuyant sur les succès de la Compagnie des Isles d’Amérique, Richelieu confie en 1638 au capitaine Bontemps le soin de valoriser les territoires autour de la rivière de Cayenne et des rives du Sinnamary. Déjà depuis une quinzaine d’année, les marchands de Rouen avaient l’habitude d’y commercer et avaient obtenu un monopole qui s’étendait de l’Amazone à l’Orénoque, région que les indigènes appellent la Guyane.

L’expédition de 1638 emmène 1200 français dans le but de revendiquer cet établissement, face aux prétentions Anglaises et Espagnoles sur ces territoires encore vierges de toute installation européenne. Rapidement, un fort est élevé sur l’île à l’embouchure du fleuve Cayenne. La vue permet alors de contrôler les mouvements sur mer au nord et à l’est.

Mais la tension monte avec les indiens Galibi. Les attaques se font rapidement incessantes et, en 1642, il ne reste plus que 42 français dans la colonie. Un renfort de 300 hommes part de Rouen le 3 août 1643, mené par Charles Poncet de Brétigny. Arrivé en novembre, il fait la paix avec les Galibi et achète le terrain où le fort est bâtit. Mais les rapports avec les indigènes restent mauvais et les hostilités reprennent peu de temps plus tard. Poncet de Brétigny perd la vie durant une bataille contre les Galibi et les survivants se retranchent dans le fort.

La maladie et les attaques indiennes déciment les colons, qui ne sont plus que 25 en 1648.En métropole, la Fronde est déclarée et il faut attendre 1652 pour qu'un renfort soit envoyé en Guyane, avec 650 nouveaux colons. Mais la maladie, les guerres indiennes et le manque de préparation voue à l'échec cette expédition. Deux ans plus tard, les Anglais se rendent maîtres du fort, qui ne dispose plus de défenseurs.

Ce sont les Anglais qui introduisent les premiers esclaves africains dans la colonie, afin d'y produire de la canne à sucre. Mais la Guyane est toujours âprement disputée par les Hollandais et les Français. Repassée entre les mains de ces derniers, Colbert parachève en 1664 l'implantation française et fait développer de grandes plantations de canne, de coton, d'indigo, de cacao, de café et de vanille, qui, avec l'appui des colonies présentes aux antilles et le développement du commerce triangulaire, mettent la région hors de portée d'un coup de main d'une puissance étrangère. Dès lors, les colonies françaises deviennent les plus rentables des Amériques.


Bibliographie et Internetographie
Informations générales

 

  • D'or, de rêves et de sang, l'épopée de la flibuste 1494 - 1588, Michel Le Bris, ed. Hachette Littératures, Paris 2001

 

  • Résumé de l'histoire des établissements européens dans les indes occidentales, A.-J. Merault, Paris, 1826

 

 


Le Canada

  • Les Normands et la fondation du Québec du XVIè au XXè siècle, Michel Hebert, ed. Charles Corlet, Condet-sur-Noireau 2007

 

 

  • La France Antarctique et Equinoxiale (le Brésil), Histoire d'un voyage fait en terre du brésil, Jean de Léry, Genève 1578

 

  • Histoire du Brésil, depuis sa découverte en 1500 jusqu'en 1810, A. De Beauchamp, Paris 1815

 

 

 

 

 

 

 


La Floride

 

 

  • Brief discours et histoire d'un voyage de quelques François en la Floride, Urbain Chauveton, 1809

 

Les Antilles et la flibuste

  • Corsaires et flibustiers, Jean Merrien, ed. l'ancre marine, Louvier 2008

 

 

  • Histoire générale des Isles de S. Christophe, de la Guadeloupe, de la Martinique et autres dans l’Amérique, Jean-Baptiste du Tertre, Paris 1654

 


La Guyane

  • L'histoire de la Guyane, Bernard Montabo, ed. Orphie, Paris 2004

 

  • L'histoire de la Guyane depuis les civilisations amérindiennes, Serge Mam Lam Fouck, ed. Ibis Rouge, Cayenne 2006

 



29/03/2011
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